Cette page sera l'endroit où la direction de l'école pourra laisser libre cours à ses idées:  des textes lus, des idées, des réflexions, des griefs parfois aussi (car ça fait du bien), ses interrogations, ses questionnements, ses victoires... Bref, vivre l'année scolaire du dirlo à travers cette page...Vivre l'école de l'intérieur avec le regard de celui qui en a la responsabilité...Tous les 15 jours ou trois semaines, une réflexion, un point de vue,etc....

L’enseignant, héros déchu ou maître du monde qui s’ignore ?

Pour faire cette chronique, j’ai cherché dans mes souvenirs d’enfant, j’ai aussi interrogé mes parents et j’ai enfin lu pas mal de choses à différentes époques. Ce qui va suivre est un condensé de ce que j’ai gardé et j’espère donner une réponse plus ou moins claire à cette question, sorte d’hypothèse de départ.

Commençons donc par un gros bond dans le temps et arrêtons-nous en 1900. A l’époque, si mes sources sont bonnes, l’école était obligatoire jusqu’à environ 14 ans. Après les jeunes gens devaient aller travailler avec leurs parents. A cette époque, les gens instruits étaient peu nombreux et ceux et celles qui devenaient « instituteur et institutrice » avaient énormément de chance. Ils représentaient bien souvent le savoir du village et avaient en plus de leur travail scolaire, une activité bien souvent dans la commune où ils aidaient le bourgmestre ou le maire. Ils pouvaient également lire les courriers des gens du village. A cette époque, les gens ne savaient pas lire, pour la plupart et donc l’instituteur du village était le maître incontesté du savoir. Il avait une figure de notabilité bien établie et personne n’aurait osé lui dire quelque chose. Par contre, l’image de l’institutrice était bien autre…Etre institutrice, et donc une femme en charge de l’éducation, était un véritable sacerdoce, voire un chemin de croix…

Revenons un peu vers le présent et arrêtons-nous vers 1955, environ. J’ai ici le témoignage de mon papa. A l’école primaire du village, l’instituteur était quelqu’un de très respecté. La seconde guerre mondiale étant finie, il fallait aussi vite que possible, reconstruire et surtout former des jeunes gens capables de reprendre le pays en main. Ici, mon papa se rappelle de la discipline qui régnait à l’école primaire : « Nous n’osions pas bouger », me disait-il. « On nous apprenait à écrire avec une calligraphie impeccable, les bases du calcul aussi et la lecture ». Les punitions physiques étaient très fréquentes. Son instituteur ayant été jusqu’à arracher l’oreille à l’un de ses copains de classe. Les punitions physiques étaient très sévères. L’instituteur, à l’époque était encore une personne extrêmement respectée et personne n’osait aller contre. Par contre, l’institutrice  devait encore respecter des règles très strictes dans sa manière d’être et de faire en société !

Arrive alors l’épisode français de mai 68 qui allait complètement changer le paradigme, d’abord en France, puis très vite en Belgique. Mai 68 a été LA charnière. Mai 68, c’est la rébellion totale : on soulève les pavés dans les rues de Paris, on brûle des voitures, c’est l’heure de la revendication totale de ses droits ! Mai 68 est le révélateur entre modernisation et tradition dans les écoles. Les jeunes revendiquant le droit à aller à l’université en masse, le nombre d’étudiants triple et ni l’école, ni le système éducatif, ni les enseignants ne sont prêts à ce joyeux bordel. Passez-moi l’expression, s’il vous plaît. Les jeunes veulent des réformes dans l’éducation, ils veulent que l’enseignement soit à leur service pour qu’ils puissent accéder à des  postes importants ou du moins faire l’université pour assurer leur avenir dans cette société qu’ils veulent plus libre.

Vous comprendrez dès lors que les enseignants viennent de prendre un fameux coup sur la tête. Cette révélation d’une école qui n’est pas en phase avec les revendications d’autonomie et de liberté des jeunes va clairement ternir l’image qu’ont les gens de l’enseignant et le maître va tout doucement tomber de son trône… Doucement car les réformes qui apparaîtront après seront encore bien trop faibles pour que cette génération « mai 68 » accepte le rôle de l’enseignant et de l’enseignement. L’image de l’institutrice va quant à elle commencer à changer. Et petit à petit, nous allons voir de plus en plus des femmes accéder à des postes d’institutrices. Plus facile comme travail pour éduquer ses enfants, évidemment…Triste mais c’est ainsi.

Nous arrivons alors en 1980, j’ai 8 ans. Ma maman est institutrice, et j’ai eu la profonde malchance de suivre un an dans sa classe…La pire année de ma vie ! Vraiment et je ne mâche pas mes mots !  Nous y reviendrons dans une autre chronique ! Dans le village de Lamorteau, où j’ai vécu, les écoles étaient divisées en 2. Maternelles, 3 premières années du primaire dans « le libre ». 3 dernières années dans le « communal ». L’image de l’instituteur est assez écornée même si les gens respectent encore un peu son avis mais on entend déjà de nombreuses critiques, venant des parents qui osent venir lui dire ce qu’ils pensent mais un peu plus sournoisement de ses élèves aussi, qui commencent à oser un regard critique. Ma maman, institutrice, devait encore faire beaucoup attention à ce qu’elle faisait dans le village et moi, son fils aîné, j’avais déjà une fameuse pression dans le village… On racontait tout ce que je faisais, si je ne disais pas bonjour à chaque personne du village, c’était répété à ma  chère mère et les gens trouvaient que pour le fils de l’institutrice du village, c’était encore inconvenant ! (Je ne vous raconte pas mon adolescence, certains villageois auraient bien fait un AVC ou une crise cardiaque mais cela est un autre sujet ! J ). Donc, on assiste à une sorte de dualité dans l’esprit des gens. Si l’instituteur-trice est encore respecté, on va de plus en plus remettre en cause et son autorité et son enseignement.

Continuons notre périple et arrêtons-nous en 2000. Cela fait 6 ans que j’enseigne et je viens d’être nommé définitivement à Sainte-Marie/Semois. Les réformes de l’enseignement battent leur plein (et ne sont pas finies !) et l’enseignement bouge. Il bouge mais pas encore assez ou trop, c’est selon. On commence à avoir des pédagogies alternatives qui naissent depuis quelques années et qui commencent à bourgeonner. Il y a aussi le fait que les gens doivent travailler à deux, les crèches scolaires sont déjà nées depuis quelques années, les cantines scolaires aussi ! Et nous assistons à deux choses selon moi : On commence à demander à l’enseignant de faire de plus en plus mais en même temps, on le considère de moins en moins. Qui n’a jamais entendu cette phrase dans un repas : « vous êtes toujours en congé et vous ne foutez rien de votre année…Vous être trop payés pour ce que vous faites, toujours en congé. »

Si mai 68 a eu un impact considérable sur l’image de l’enseignant, cette phrase maintes fois entendue a provoqué très vite, en moins de 20 ans, une pénurie incroyable dans l’enseignement belge d’aujourd’hui. J’y vais fort me direz-vous. Non, je suis juste réaliste et cela va me permettre d’introduire la dernière partie de ma chronique. Interrogez les jeunes et vous comprendrez : « Devenir instit et se faire critiquer sans cesse, non merci ! ».Cette réponse vient d’où, à votre avis ?

Quand j’ai fait mes études d’instit à Bastogne, nous étions deux classes de 20 environ en fin d’études. Si certains comme moi avaient choisi de faire ces études en premier choix, il n’en était pas de même pour la plupart des autres étudiants. Ils avaient fait au moins une année ou deux en candidature à l’université avant de se rabattre sur l’enseignement. (Les conséquences de mai 68, assurément !). Nous sommes en 1991. Est-ce là quelque chose qui allait encore ternir l’image de l’enseignant ? J’en suis persuadé ! Il faut bien un diplôme, pour vivre correctement et être enseignant, c’est plutôt cool.  Des études pas trop compliquées, en plus…Voilà ce qui se dit à mon époque. (Ils oubliaient qu’il faut tenir dans le temps avec une société et des enfants qui évoluent à très grande vitesse, mais ça ils ne le savaient pas encore !)

Il est donc temps, avec tous ses éléments que je réponde à mon hypothèse de départ. Vous aurez compris qu’il y a beaucoup de facteurs qui ont influencé l’image de l’enseignant. Les causes sont nombreuses et j’ai essayé de reprendre ici les principales.

Oui, l’enseignant est un héros déchu. Oui, l’enseignement a bien morflé dans la tête des futurs étudiants. C’est la pénurie, en Belgique…Et je pense que nous sommes tous responsables de cette situation. C’est un fait ! Le reconnaître c’est avancer…

Alors que faire ? La balle est dans le camp de l’enseignant ! C’est à nous de reconstruire notre image, de redonner à notre métier ses lettres de noblesse. Oui mais, comment faire ?

Ce qui va suivre est personnel et n’engage que moi, je voudrais le préciser. Il va falloir travailler en équipe, avec une grosse collaboration entre chaque membre de l’équipe éducative. Il va falloir montrer aux parents que nous sommes les maîtres dans notre classe, tout en collaborant avec eux, pour le bien de leur enfant. Mais il va falloir aussi que chaque parent reprenne à cœur son rôle d’éducation ! Nous sommes là pour enseigner, pas pour éduquer, cela me semble primordial ! Arrêtons de donner à l’école tout un tas de rôles et de tâches connexes et revenons vers l’essentiel : ENSEIGNER.

Il va falloir que les enseignants deviennent bien plus professionnels. J’entends par là le fait de prouver que leurs programmes, leurs façons de procéder, sont celles qu’il faut avec les enfants. Mais pour cela, il va falloir que les parents fassent confiance et arrêtent aussi de toujours comparer avec le passé ! Le passé, c’est fini. (Vérité dogmatique ! J Cfr mes anciennes chroniques) Les enfants ne sont plus les mêmes qu’avant et utiliser les mêmes méthodes qu’avant est une vaste blague et une grosse bêtise !

Il va falloir aussi que les politiques arrêtent de nous prendre pour des pantins en nous proposant des réformes qui ne sont là finalement, pour la plupart, que pour donner au ministre son nom sur un décret ! Mis à part le pacte d’excellence, que je trouve magnifique, pour le fondamental, car il rencontre tout ce que j’écris ici (entre autre), je ne préfère pas m’étendre sur « la douche de Marie Arena » ou encore le « capital-périodes » de cette chère « baronne », j’ai nommé Mme Onkelinx ou encore M. Nollet. Ou encore le décret « paysage » où vous réussissez en ayant raté. (Je simplifie, mais c’est à peu de choses près ça !) Excusez-moi, mais je dois rire…Jaune !

Il va falloir aussi que chaque enseignant se donne à fond dans son boulot, que chaque enseignant prenne conscience qu’il peut vraiment devenir le maître du monde ! Et ici, je ne mâche pas mes mots non plus. Il le deviendra, à mon sens, s’il considère son métier comme une véritable vocation. Mais il faudra aussi que les parents comprennent que l’enseignant a une vie en dehors de l’école et que ce n’est pas parce qu’il est « un peu bourré » dans une soirée ou qu’il écoute de la musique « bizarre », que vous l’avez vu en kilt sur une table un samedi soir, vociférant un refrain paillard, qu’il est un mauvais enseignant ! Et le divulguer sur les réseaux sociaux n’apportera rien non plus. Là aussi, il y a un fameux boulot.

 

Donc, ma conclusion sera celle-ci :

-Si l’enseignant doit montrer à la société que son boulot est une vocation, qu’il a conscience de toutes les conséquences de ce mot.

-Si les parents respectent leur contrat éducatif et arrêtent de fustiger les enseignants sur les réseaux sociaux pour leur vie « après l’école ».

-Si les politiques comprennent enfin que l’enseignement est la base de tout et qu’ils mettent tout en œuvre pour nous aider.

 

Alors oui, il y a de grandes chances pour que l’enseignant reprenne son statut, qu’il n’aurait jamais dû perdre ! Et qu’il redevienne le maître du monde mais en pleine conscience d’abord venant de lui puis de chaque partie de la société !

 

 

Sources : Antoine PROST, Education, Société et Politique (…)- Le Seuil – Collection Point- Réédition de 1997.

http : //www.Histoire-en-questions.fr/métiers.html (Site internet).

http://www.cahiers-pedagogiques.com/Mai-68-et-l-enseignement-quels-changements.

http://histoire-en-questions.fr/metiers/institutrice.html

https://profenversetcontretout.blogspot.com/2008/07/contrat-dengagement-1910.html