Cette page sera l'endroit où la direction de l'école pourra laisser libre cours à ses idées:  des textes lus, des idées, des réflexions, des griefs parfois aussi (car ça fait du bien), ses interrogations, ses questionnements, ses victoires... Bref, vivre l'année scolaire du dirlo à travers cette page...Vivre l'école de l'intérieur avec le regard de celui qui en a la responsabilité...Tous les 15 jours, une réflexion, un point de vue,etc....

  6e jet- Le 07 octobre 2019.

 

Quels loisirs a un directeur ? A-t-il des passions ? Mais surtout en filigrane, que peut-il faire et ne pas faire dans sa vie privée ?

 

A priori, cette chronique se devait d’être légère. A la simple lecture des questions, on se dit que l’on va savoir ce que le directeur fait en dehors de l’école… Mais elle ne sera pas si légère que cela et va inévitablement soulever des questions.

Vous avez certainement entendu le cas de cette directrice d’école française , au bout du rouleau après 15 jours et qui s’est suicidée…Les réseaux sociaux, la presse écrite et télévisée en ont fait largement écho. (Sa lettre « de départ » fait aussi drôlement froid dans le dos).

Je peux vous relater l’histoire d’une jeune collègue, qui le 31 août tombe en syncope dans son bureau, trop gros stress. Je peux vous expliquer aussi que 25 collègues, directeurs et directrices, d’école, ont arrêté cette année scolaire. Est-ce un phénomène passager ?

Non, c’est un réel problème. Ce problème où l’on exige que chaque directeur d’école soit toujours là et surtout pour tout. Sinon, il sera directement mis en cause. Surtout ne rien oublier, surtout se rendre partout et tout le temps. Alors ce manque de reconnaissance n’est pas unique, nous devons y ajouter la reconnaissance salariale. Vous seriez très étonnés de mon salaire. Et je pense que vous tomberiez de votre chaise. Bref.

Il y a  d’autres choses qui nous mettent une pression énorme. Nous y reviendrons peut-être un jour.

Alors, dans ces conditions de stress continu, de pressions exacerbées, que fais-je en terme de loisirs ou de hobbys ?

Le premier est la musique, perpétuellement présente dans ma vie. Musique, concerts. Alors je n’aime pas trop les grandes salles, je préfère les petites salles où l’on va passer de la musique dite « underground » ou alternative, c’est vous qui voyez. Fan de cold wave, de shoegaze, de musique punk aussi. Fan d’un mouvement musical appelé stoner.

 

Le 2e est la pêche à la ligne. Mais pas la pêche comme vous le concevez : assis, au bord de l’étang, buvant une paire de bières…Non, pas pour moi. Quand je vais pêcher, je pêche exclusivement en rivière, seul de préférence, et je fais en moyenne 5 km à pied. Je recherche les endroits particulièrement difficiles, remplis de ronces, d’orties, de souches immergées dans la rivière. Je me rends aussi parfois dans les Vosges et là, c’est sac à dos avec nourriture et boisson, ma canne attachée sur le sac, et en route pour remonter la rivière d’abord à pied le plus haut possible puis redescendre en pêchant dans les torrents. C’est ça qui me plaît.

 

Le 3e est plus particulier. Je suis un tout grand amateur de whiskys, whiskeys, bourbons, Tennessee, Rye. Vous aurez certainement compris, à la lecture des diverses spécifications, que ce monde est un monde fabuleux, d’une richesse énorme et extrême, très codé aussi. Cette passion me dévore, parfois (mais ma consommation reste modérée, je vous rassure). J’ai une collection d’environ 37 bouteilles et cette collection s’agrandit sans cesse.  Toujours à la recherche de nouveaux produits, surtout venant des petites distilleries indépendantes. Je suis évidemment, grand fan de l’Ecosse !  Je possède d’ailleurs deux lopins de terre, dans les highlands.

Voilà pour mes passions. Il y en a d’autres, je suis un passionné dans l’âme, mais le but n’est pas de les énumérer. (Je suis aussi un grand fan du standard de Liège et de Virton où j’ai joué chez les jeunes, en division provinciale, il y a fort longtemps). Je sais aussi monter à cheval et à ce propos je suis déjà venu à cheval à l’école… L’athlétisme est une autre passion. Malheureusement, je ne peux plus la pratiquer. Voir ma dernière chronique à ce sujet.

Tous ces hobbys me permettent de décompresser, de souffler. Ils me permettent surtout de me recentrer et d’oublier, l’espace de quelques heures, les tracas professionnels. Mais ça, c’est comme tout le monde.

 Je pratique ces hobbys toujours au regard de mon travail. Je dois être particulièrement prudent dans tout ce que je fais en dehors de l’école, des gestes que je pose et des endroits où je me rends. Alors, prudent pourquoi ?

Prudent parce que là aussi, je dois faire attention à mon image. Je ne peux pas faire n’importe quoi n’importe où. Je dois faire attention à tout. Car inévitablement, le moindre écart me sera reproché. Parfois amplifié, parfois dit n’importe comment, aussi.

Comme la fois où je me suis retrouvé en plein concert où les gens ont une certaine tenue vestimentaire assez noire (disons-le comme ça) et où je vois un couple de parents… 😊… Nous en avons bien ri après, d’ailleurs, mais sur le coup…. Surtout que ma tenue vestimentaire, à ce moment précis, n’était pas non plus conventionnelle pour un directeur d’école. J’ai d’ailleurs adoré leur réponse quand on en a parlé : « -Si nous étions là, c’est que nous partageons aussi ce que tu vis. »

 

Donc pour conclure cette chronique, je fais un boulot où je dois finalement être présent 24h/24, pratiquement 7 jours sur 7, assez mal reconnu par mon employeur, qui est la FWB (Fédération Wallonie Bruxelles). Mais c’est un boulot qui doit être nommé différemment, je pense…

Ce n’est plus finalement un boulot mais une sorte de sacerdoce. Et je pèse mes mots. J’emploie le terme exact : C’est un sacerdoce rempli par un humain qui parfois, fait des erreurs, qui parfois oublie des choses. Qui parfois n’est pas parfait mais qui reste passionné par son travail et qui surtout essaie de faire le mieux possible.

 

Soyons doublement exigeants et indulgents envers nous-même comme nous le sommes vis-à-vis d’autrui. Cet espèce de mantra qui ne me quitte pas.

 

Je vais de ce pas écouter le dernier album d’Iggy Pop, avec un bon malt, servi dans un Glencairn, évidemment.